Le p’tit choc culturel de Cyrille Wandji

Crédit photo: Laurie Edwidge Cardinal

Crédit photo: Laurie Edwidge Cardinal

Le 6 novembre dernier, dans le cadre des Journées québécoises de la solidarité internationale, le SANAM collaborait à l’organisation d’un 5 à 7 de la diversité, sous le thème « Mon p’tit choc culturel ». Pour ceux et celles qui n’ont pas pu être des nôtres, voici le témoignage de Cyrille Wandji, Matanais depuis 2007. Il nous présente, avec une bonne dose d’humour, son adaptation aux relations hommes-femmes au Québec.

« Salut Québec !!!

Je m’appelle Cyrille Wandji, je suis originaire du Cameroun, pays d’Afrique centrale pour ceux qui ne le savent pas.

Les Français m’appellent Wandi, ils prononcent le « a ».

Quant aux Américains du Nord, ils m’appellent Wendy : normal, car en leur langue le « a » se lit « e »

Par contre, si vous allez dans mon village, que vous rencontrez ma mère, à qui vous demanderez Wandi ou Wendy, elle vous répondra qu’elle ne le connait pas, car en mon dialecte on prononce mon nom : Waa Zi, ce qui veut dire : Celui qui désire. Ce désir un peu trop grand qui m’a poussé à immigrer au Québec…

En matière d’immigration, les gens évoquent toujours les chocs qu’ils ont eus lorsqu’ils sont arrivés dans leur pays d’accueil. La plupart du temps on parle de choc culturel, mais certains ont aussi parlé de choc thermique ; je ne suis pas de ceux-là.

Moi, mon plus grand choc, c’est la rencontre avec la femme québécoise…

Pour vous mettre un peu dans le contexte, je viens d’un endroit où les hommes sont éduqués pour être des hommes et les femmes pour être des femmes. Vous ne comprenez pas grand-chose, hein ? Demandez à vos arrière grands-parents, ils vous l’expliqueront…

Je disais donc que, me voilà au Québec, avec l’esprit chevaleresque, prêt à travailler pour satisfaire la femme, prêt à me jeter devant elle pour prendre le choc à sa place lorsqu’une auto aurait perdu sa trajectoire, les bras pleins d’amour et le cœur dans la main ; mais qu’est-ce que je reçois ?!?!

La première fois, c’est à Rivière-du-Loup que cela s’est passé. Je suis prêt à entrer dans un café, une femme me suit. Je lui ouvre la porte, je m’efface pour la laisser entrer comme ma mère me l’a toujours appris. Elle refuse et me dit : « après vous, monsieur». Je ne comprends rien ! Ma mère me donnerait une claque si jamais j’osais entrer dans une pièce avant une femme. J’insiste, elle insiste. Finalement j’entre. Le malheur veut que dans ce café il n’y ait plus qu’une table de libre : la voilà obligée de la partager avec moi. En face à face forcé, je lui demande pourquoi elle n’a pas voulu entrer avant moi, elle me répond que c’était pour ne rien me devoir…

Ne rien me devoir…

C’est la même histoire qui s’est répétée quelques mois plus tard, lorsque je me suis choisie une blonde. Chez nous la galanterie veut que l’homme invite la femme au resto et paye le repas. Elle n’a jamais voulu que je le fasse. J’ai insisté ; je lui ai dit que c’était cela ou bien faire une croix sur notre future relation ( un petit chantage de rien du tout! J) Elle a accepté, j’ai payé le repas pour deux. Mais vous savez quoi ? La fin de semaine suivante, elle s’est pointée chez moi sans crier gare ; entre ses mains, un panier d’épicerie et deux bouteilles de vin. Elle m’a dit : « Je suis venue pour qu’on se fasse de la bouffe. Ne te dérange pas, j’ai tout acheté »

Elle aussi ne voulait rien me devoir…

Tellement ne rien devoir est ancré dans la femme québécoise que cette valeur n’attend pas le nombre d’années… Qu’est-ce que je veux dire par là?

Un jour je suis allé aider un ami à déménager. On transportait les meubles et diverses choses, sa fille de 7 ans nous aidait. Je trouvais ça le fun. À un moment donné, je l’ai vu peiner à porter une charge. J’ai accouru pour l’aider et elle m’a jeté à la figure : « Laisse faire, je suis capable ! »

Bon ! Même les fillettes !!!

Me voilà donc dans un pays nouveau, frustré de ne pouvoir jouer au coq, de déployer mes muscles et dire « tassez-vous de’d là, voilà l’Homme qui arrive ! » Alors je rumine mes frustrations et me dis : « un beau jour la nature me donnera raison.»

Et ce jour ne tarda pas.

Je suis allé faire du camping avec une amie à Gaspé, pendant le Festival du bout du monde. C’était le groupe musical La Compagnie Créole qui était invité spécial. Nous nous étions pris à la dernière minute, un peu comme ça, sur un coup de tête. Évidemment, pour une pareille fête les gens réservent à l’avance, mais nous non. Nous nous sommes retrouvés un peu comme ça, errant, et par le hasard des choses, j’ai croisé une amie de Matane qui bénéficiait de l’hospitalité d’autres amis qui avaient un camping-car, donc un espace sur un terrain de camping. Ceux-ci ont bien voulu nous prêter un espace pour la nuit, et c’est ainsi que nous avons trouvé de la place où nous installer. La soirée s’est bien déroulée, La compagnie Créole était merveilleuse. Le lendemain, c’est une odeur de café qui m’a invité à l’extérieur de la tente : mon amie de Matane était déjà debout et avait fait du café. Celle qui était venue à Gaspé avec moi s’est réveillée aussi et nous a rejoints. La discussion allait bon train avec mon amie de Matane lorsque l’autre, sans demander mon avis, s’est mise à démonter notre tente, l’air un peu contrariée. J’ai regardé, amusé, et laissé faire pour voir jusque où elle irait. L’un des pieux était tellement enfoncé en terre qu’elle n’a pas pu le retirer. Alors se tournant vers moi, elle m’a dit :

– Tu ne vois pas que j’ai besoin d’aide ?

– Ah bon ? ai-je dis en feignant celui qui ne savait pas.

Vous voyez, si je m’étais levé pour aller l’aider avant qu’elle ne sente le besoin, elle m’aurait dit : « je suis capable ! » Mais lorsqu’elle ne l’est pas, il faut qu’elle jette le blâme sur moi…

Je vous le dis, La femme québécoise m’a dépassé ! Tellement dépassé que, dépité, je suis allé me plaindre à un ami québécois de 35ans, célibataire. Je lui ai dit que je ne comprenais pas la femme québécoise. Il a souri et m’a dit : « Tu vois, moi-même qui suis né ici je ne les comprends pas »

Depuis plus de six ans que je suis au Québec, j’ai fait une analyse de la femme du terroir. C’est une femme qui a du caractère il faut se le dire. En fait, pour moi, la femme québécoise se résume en ces termes :

Aime-moi, mais évite le pathétique des amoureux

Sois présent, tout en te faisant discret

Sois attentionné, mais évite les pièges de l’attention

Protège-moi, mais laisse-moi libre de mes gestes

Sois indépendant, mais pas trop pour ne pas t’ennuyer de moi

Au fond, ce que j’ai cru comprendre – et je peux me tromper – c’est qu’elles recherchent des hommes qui les respectent assez pour ne pas les ramener dans leurs conditions de vie cinquante ans en arrière, lorsque dans la vie sociale, c’était l’homme qui faisait la pluie et le beau temps. Alors vu sous cet angle, on ne peut que leur donner raison.

Et oui ! J’ai fait des pays, j’ai rencontré des femmes ; mais des belles, des charismatiques et d’aussi spéciales, je n’en ai trouvé qu’au Québec, et c’est cela qui fait leur originalité.

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